Harcèlement sexuel au Mont Carleton : La victime doit encore faire face à son agresseur à tous les jours

SAINT-QUENTIN - Un homme victime de harcèlement sexuel au Mont Carleton doit encore travailler en présence de gens qui , dit-il, ont commis des gestes répréhensibles à son endroit, dont deux sont des personnes à qui il doit se rapporter.

À sa première journée de travail de la nouvelle saison, le 14 mai dernier, Jeannot Thériault, qui a publiquement dévoilé son histoire cet hiver, dit s’être retrouvé face à face avec un de ses agresseurs pourtant reconnu coupable de faits répréhensibles à son endroit par la province. Du côté du ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie, on informe que ce n’est qu’une seule personne qui a été reconnue coupable de gestes répréhensibles, alors que M. Thériault vise principalement trois individus. Avant sa première journée de travail, on avait laissé sous-entendre à M. Thériault que l’on s’organiserait pour ne pas qu’ils aient affaire l’un à l’autre dans l’exercice de leurs fonctions. M. Thériault n’est pas retourné au travail depuis cette première journée du 14 mai, et il est en congé de maladie pour quelques semaines. «C’était trop beau pour être vrai tout ce qu’on avait promis à Jeannot. Nous avions eu une rencontre au début du mois de mai où on a dit qu’il n’aurait pas affaire à ces trois personnes», a lancé Jeannelle Cyr, la soeur de victime qui l’assiste dans cette affaire. Guy Bélanger, témoin de Jeannot Thériault dans ses démarches, a lui aussi recommencé à travailler au Mont Carleton. Même s’il a déposé des plaintes, il n’a jamais été reconnu comme une victime dans ce dossier. Il doit également travailler à chaque jour en présence des personnes à qui l’on reproche ces gestes répréhensibles.

Autre emploi? Le ministère a offert à M. Thériault d’aller travailler dans un autre de ses bureaux, toujours à Saint-Quentin, mais il refuse. «Si j’acceptais, ce serait comme de reconnaître que je suis fautif. Je considère que ce sont plutôt les personnes ayant commis ces gestes qui devraient se voir montrer la porte de sortie», a indiqué M. Thériault qui ne veut pas retourner travailler au Mont Carleton tant que ces gens y seront encore. Il a rappelé qu’en décembre dernier, le ministère laissait savoir, dans une lettre, qu’il ferait tout en son possible afin qu’il soit à l’aise dans ses fonctions, s’il devait retourner au travail. La gestion du Mont Carleton a été transférée au bureau régional des Ressources naturelles de Saint-Quentin, sous la supervision du garde forestier régional. Il a été impossible, hier, de parler au responsable des lieux pour connaître exactement les liens d’autorité entre les individus concernés. Un porte-parole du ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie, Jacques Nadeau, a reconnu que des sanctions avaient été imposées envers les fautifs, mais qu’aucun congédiement n’avait été effectué. «La victime a accepté de retourner au même lieu de travail. Cela veut dire qu’il se peut que les personnes impliquées dans cette affaire puissent se voir dans une journée car il y a des situations difficiles à éviter, même si le Mont Carleton est réparti sur 17 000 hectares, comme l’arrivée le matin ou les réunions de groupe. Mais ces gens-là ne doivent pas travailler ensemble», a commenté M. Nadeau.

Des sanctions Au ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie, le responsable des communications, Robert Duguay, a rappelé que le dossier avait suivi les voies normales et s’était déroulé selon les règles. Une tierce partie a mené une enquête interne et des sanctions en conséquence ont été imposées. Par contre, la confidentialité empêche de discuter davantage du dossier, a signalé M. Duguay. Impossible donc d’en savoir plus sur les sanctions imposées qui ont été des «vacances forcées à la maison», sans salaire, selon le ministère. Du côté du détachement de la GRC, le caporal Richard Somers a indiqué qu’une enquête criminelle était en cours et qu’elle visait trois individus. Il a précisé qu’il restait environ une demi-douzaine de témoins à interroger et que des recommandations seraient ensuite faites à un procureur de la Couronne.